« L'IAE doit être reconnue comme l'une des composantes d'une économie plurielle »


Propos recueillis par Naïri Nahapétian
La lettre de l'insertion n° 138 - juillet 2007
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La lettre de l'insertion de juillet-août 2007
— juillet 2007 —
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L'insertion au service de l'emploi

Jean-Louis Laville, sociologue (Cnam-CNRS)

Pouvez-vous resituer l'insertion par l'activité économique (IAE) au sein de l'économie solidaire dans son ensemble ? De nombreuses initiatives de terrain en matière d'IAE ont vu le jour dans l'ensemble des pays européens à partir des années 70. L'objectif était de renouveler les politiques sociales traditionnelles, qui n'arrivaient pas à endiguer les phénomènes d'exclusion. Ces innovations ont été à l'origine de l'émergence des politiques sociales dites « actives » qui, au lieu de simplement verser des revenus d'assistance, se sont donné pour objectif la réinsertion des personnes. Ces politiques ont à leur tour fait évoluer les initiatives d'IAE, qui ont en même temps renouvelé les formes d'action de l'économie sociale héritées du XIXe siècle, en inscrivant les associations et les coopératives concernées dans des partenariats avec les pouvoirs publics, mais aussi sur un territoire donné. Par ailleurs, un certain nombre d'initiatives ont combiné des objectifs de réduction des inégalités, donc de solidarité horizontale, avec des visées de préservation de l'environnement, et donc de solidarité verticale entre générations. Sur le terrain, de nombreuses actions concilient ainsi des finalités variées : c'est le cas par exemple des activités de recyclage et de récupération, qui sont à la fois sociales, environnementales et démocratiques (car elles sont portées par des associations ou des coopératives). Cette diversité n'est pas reconnue en France par les pouvoirs publics, qui ne financent généralement qu'un des volets de l'action. Enfin, les initiatives d'insertion reconnues par la loi en France offrent des emplois temporaires et transitionnels (1). Or, il ne s'agit que de l'une des formes de l'IAE en Europe : dans d'autres pays, on propose aussi des emplois permanents à des personnes en insertion, avec des financements permanents ou des aides concentrées sur le début de l'activité (2).

Comment voyez-vous dans cette perspective européenne l'évolution de l'IAE ? Comme cela a été mis en évidence dans différentes recherches européennes (voir « Pour en savoir plus »), trois scénarios sont possibles. Dans le premier, l'insertion joue un rôle palliatif par rapport aux défaillances du marché, c'est un deuxième marché de l'emploi, réservé aux personnes qui ne s'insèrent pas dans une économie axée sur la compétitivité internationale. Dans un second scénario, l'IAE est un « sas », un instrument facilitant les transitions vers des emplois dans l'économie marchande. Enfin, il existe un troisième scénario, où l'IAE est une des composantes d'une économie reconnue dans sa pluralité. C'est, selon moi, le plus souhaitable, car pour que l'économie soit plus intégratrice, pour que chacun y trouve sa place, il faut multiplier les formes d'activités, sans toutefois les hiérarchiser, les emplois axés sur des services d'utilité sociale territorialisés ayant, au sein d'une économie plurielle, une dignité égale à ceux de l'économie marchande.

(1) A l'exception des centres d'adaptation à la vie active (Cava), qui créent des emplois particuliers réservés à certains publics.

(2) Sur le cas de la Belgique, voir La LIAE n° 135, avril 2007.


Propos recueillis par Naïri Nahapétian
La lettre de l'insertion n° 138 - juillet 2007
 Notes

(1) A l'exception des centres d'adaptation à la vie active (Cava), qui créent des emplois particuliers réservés à certains publics.

(2) Sur le cas de la Belgique, voir La LIAE n° 135, avril 2007.

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