"Pôle emploi est devenu une sorte de bateau ivre"
Entretien avec Loïc Barboux, représentant syndical FO au CNHSCT de Pôle emploi
Propos recueillis par Joëlle Maraschin
Santé & Travail n° 067 - juillet 2009
Loïc Barboux, représentant syndical FO au CNHSCT de Pôle emploi, lance l'alerte sur la souffrance des ex-agents de l'ANPE et des Assedic, chahutés dans leurs pratiques professionnelles et submergés par les demandes d'emploi.
Fin mars, dans une déclaration commune au comité national d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CNHSCT), les organisations syndicales de Pôle emploi ont lancé l'alerte sur une "dégradation sans précédent des conditions de travail". Pourquoi?
Loïc Barboux: Confrontés, d'une part, à une intensification de leur charge de travail et, d'autre part, à une perte de leurs repères professionnels, les agents de Pôle emploi sont aujourd'hui en grande souffrance. La qualité du service rendu aux demandeurs d'emploi s'est dégradée, nous n'avons plus les moyens d'assurer correctement nos missions. Cette désorganisation est d'autant plus préoccupante que le nombre de demandeurs d'emploi ne cesse d'augmenter. Avec la crise actuelle, nous devons accompagner une nouvelle population de demandeurs d'emploi. Ce sont des personnes en détresse, propulsées du jour au lendemain dans la précarité, qui comprennent souvent très mal les rouages du système du chômage. Qui plus est, nous avons désormais obligation de recevoir l'ensemble des demandeurs d'emploi tous les mois, ce qui augmente considérablement notre charge de travail. Avec la mise en place du revenu de solidarité active (RSA), la situation risque d'empirer, puisque 600 000 nouvelles inscriptions sont attendues depuis juin.
Pourquoi considérez-vous que la fusion ANPE-Assedic entraîne une perte des repères?
L. B.: Le placement et l'indemnisation doivent désormais être faits par une seule et même personne. Nous devons tous apprendre un nouveau métier, l'indemnisation pour les ex-agents ANPE et l'accompagnement au retour à l'emploi pour les ex-agents des Assedic. Chacun perd son identité professionnelle. De plus, la direction parle de fermetures et d'ouvertures de sites. Tout cela accentue encore le sentiment d'inquiétude lié à la perte des repères. Enfin, la fusion entraîne une renégociation de la convention collective pour les agents des Assedic et une crainte de perdre leur statut de contractuel de l'Etat pour les agents de l'ANPE.
Quelles sont les réactions du public?
L. B.: Pôle emploi est devenu une sorte de bateau ivre. Les demandeurs d'emploi sont de plus en plus excédés, et c'est bien légitime, d'autant que le numéro de téléphone unique 3949 fonctionne très mal, que les capacités d'accueil sont largement sous-dimensionnées et que, malgré les discours et nos obligations, ils sont parfois obligés d'attendre des semaines avant d'avoir un rendez-vous. Sur le terrain, les deux cultures professionnelles ont encore du mal à se mélanger. Il existe toujours des enseignes ANPE et Assedic. Les agents continuent à faire ce qu'ils ont appris. Les demandeurs d'emploi sont ballottés d'un site à un autre. Ils ne comprennent pas.
La direction a-t-elle pris conscience des risques psychosociaux?
L. B.: La direction de Pôle emploi est dans un déni de la réalité évident vis-à-vis de la souffrance des agents. Il n'existe aucun plan de prévention des risques psychosociaux. Pourtant, nombreux sont les agents qui sont démotivés, dépressifs… Plus préoccupant encore, nous avons comptabilisé depuis le début de l'année pas moins de neuf suicides ou tentatives de suicide chez les agents, dont certains sur le lieu de travail. Dans l'Aisne, un agent s'est pendu dans la cage d'escalier de son agence. Dans le Nord-Pas-de-Calais, une cadre s'est tailladé les veines dans son bureau en sortant d'un rendez-vous avec son supérieur hiérarchique. Deux expertises CHSCT sont en cours dans les régions concernées, et nous espérons que la direction prendra ses responsabilités.
Article issu du dossier Restructurations : les conditions de travail trinquent aussi
Entretien avec Loïc Barboux, représentant syndical FO au CNHSCT de Pôle emploi
Propos recueillis par Joëlle Maraschin
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