18 % des salariés travaillent à temps partiel
Denis Clerc
La lettre de l'insertion n° 141 - novembre 2007
Le travail à temps partiel est une importante source de paupérisation des travailleurs. En 1982, il concernait 8 % des salariés. En 2005, 18 % : des femmes pour plus des quatre cinquièmes. Bien entendu, dans cette masse d’emplois (4 millions), beaucoup de temps partiels sont choisis plutôt que subis. Mais nombre d’autres – un tiers – sont acceptés faute de mieux. Et nombre de femmes, si elles n’avaient pas de contraintes familiales, travailleraient volontiers à temps plein.
Une récente étude de la Dares (1) souligne que trois types d’emplois à temps partiel posent réellement problème du point de vue de la qualité des emplois et de leur durée. Il s’agit d’abord des emplois de services aux particuliers (22 % des emplois à temps partiel) : les durées d’emploi y sont courtes, en moyenne quinze heures par emploi, et dans un quart des cas la même personne cumule plusieurs emplois pour tenter de s’en sortir.
Ensuite, les emplois de gardiens d’immeubles, employés de libre-service, tri postal…, qui ne nécessitent pas de qualification, mais dont les horaires sont irréguliers (9 % des emplois à temps partiel). Enfin, les contrats aidés (5 % des emplois à temps partiel), où le temps de travail est de l’ordre de vingt heures par semaine, avec des horaires réguliers. On peut y ajouter la presque totalité des emplois intérimaires à temps partiel (un quart des contrats d’intérim), qui cumulent, par nature, insécurité et faible durée de travail. Tous ces emplois sont rémunérés au Smic ou à un niveau très proche : un salarié à temps partiel sur deux gagne moins de 753 euros nets (en 2005), un sur quatre moins de 450 euros.
Certes, ces niveaux très faibles de salaire ne signifient pas forcément que les personnes concernées vivent dans la pauvreté monétaire, qui concerne non les individus, mais les ménages. S’il y a un conjoint disposant de revenus d’activité ou de remplacement (chômage indemnisé, retraite…), le niveau de vie du ménage échappe à la pauvreté (en 2005, le seuil de pauvreté est de 817 euros par mois pour une personne seule). Reste que ces emplois sont paupérisants, quand il n’y a pas de conjoint ou que ce dernier est lui-même dépourvu de revenus suffisants.
Le nombre de travailleurs pauvres se situe en 2005 aux alentours de 2,6 millions, contre 2,45 millions en 2004 : plus de la moitié de la progression de la pauvreté monétaire (+ 270 000 personnes) est donc due à l’extension de la pauvreté laborieuse. Or, entre 2004 et 2005, le nombre d’emplois à temps partiel a progressé de 170 000. Comment ne pas faire le rapprochement entre les deux ? A l’heure où la question du pouvoir d’achat est mise sur la table, il n’est sans doute pas inutile de rappeler que, pour réduire la pauvreté laborieuse, agir sur la durée du travail est sans doute plus crucial que d’agir sur le salaire horaire.
Denis Clerc
La lettre de l'insertion n° 141 - novembre 2007
Notes
(1) Voir Premières synthèses n° 39.3 et n° 39.4, Dares, septembre 2007 (www.travail.gouv.fr).
-
Abonnement et réabonnement
-
J'achète un numéro -
Inscription à la newsletter -
Forfait de consultation de 30 articles pendant 48H -
Mon espace personnel
















Commenter cet article





