32 % des RMIstes sont inscrits à l’ANPE
Denis Clerc
La lettre de l'insertion n° 144 - février 2008
- 25 % des RMIstes travaillent , La lettre de l'insertion n° 143.
- Bilan de 20 ans de RMI , La lettre de l'insertion n° 146.
On savait déjà que la première cause de sortie du revenu minimum d’insertion (RMI) était le retour à l’emploi, parfois hélas de façon provisoire (1) et que, parmi les allocataires, 19 % étaient en emploi. Une publication de l’ANPE (2) nous apprend que 32 % des allocataires sont inscrits comme demandeurs d’emploi, le plus souvent en catégorie 1, c’est-à-dire en recherche d’emploi à temps plein et à durée indéterminée. Ces données montrent que les frontières entre emploi et aide sociale sont poreuses. Et que le RMI est devenu en réalité le troisième étage de l’indemnisation du chômage en France, destiné à recueillir tous ceux que l’assurance chômage n’indemnise pas ou plus, et qui n’ont pas droit à l’allocation de solidarité spécifique (ASS), faute d’avoir pu travailler suffisamment longtemps (cinq ans au moins au cours des dix ans qui ont précédé le dernier contrat de travail). C’est d’ailleurs ce qui explique que les deux départements où le taux de chômage est le plus fort (Bouches-du-Rhône, 11 %, et Pas-de-Calais, 11,3 %) sont aussi ceux où la proportion d’allocataires du RMI parmi les demandeurs d’emploi est la plus forte (respectivement 18,2 % et 17,3 %).
Mais l’étude de l’ANPE nous informe également que, lorsque l’emploi s’améliore, il se passe plus d’un an avant que les effectifs d’allocataires du RMI inscrits à l’ANPE commencent à diminuer. En d’autres termes, la sélectivité du marché du travail joue à fond, même pour les activités réduites : quand les employeurs recrutent, les RMIstes qui sont dans la file d’attente passent en dernier, parce que les autres bénéficient d’un coupe-file. C’est le résultat du fonctionnement même du marché du travail en période de chômage de masse : le tri sélectif peut alors opérer et ceux qui ont des caractéristiques défavorables (âge, statut d’allocataire de minimum social, durée de chômage élevée, origine ethnique, absence de diplôme…) passent en dernier. Ainsi, les demandeurs d’emploi allocataires du RMI sont plus fréquemment d’origine étrangère que les autres demandeurs d’emploi (16 %, contre 10 %), et moins fréquemment diplômés de l’enseignement supérieur (18 %, contre 24 %).
Ensuite, bon nombre de retours vers l’emploi s’opèrent via les contrats aidés : lorsque le nombre de ces derniers a recommencé à progresser (en 2006), le nombre d’allocataires du RMI inscrits comme demandeurs d’emploi a diminué. Ce qui prouve l’importance des contrats aidés dans la lutte contre l’exclusion, mais aussi leur insuffisance, puisqu’il s’agit de contrats temporaires au terme desquels une faible proportion de personnes parvient à trouver un emploi durable : 82 % des inscriptions à l’ANPE sont en fait des réinscriptions. Conclusion : il ne suffit pas que l’emploi s’améliore pour que les personnes en difficulté retrouvent du travail.

Denis Clerc
La lettre de l'insertion n° 144 - février 2008
Notes
(1) Voir « Sortir du RMI et accéder à l’emploi », La LIAE n° 137, juin 2007.
(2) « Les demandeurs d’emploi bénéficiaires du RMI », L’essentiel n° 16, Observatoire de l’ANPE, novembre 2007, www.anpe.fr/observatoire/IMG/pdf/ essentiel16-2.pdf
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