Commentaire:
Pour dresser une table de mobilité (sociale), on s'appuie sur une enquête. On s'intéresse à la profession des pères parce que, dans les générations antérieures, une fraction non négligeable des mères restaient au foyer et n'avaient pas d'emploi (à l'avenir, avec la montée du travail féminin, il sera sans doute possible de s'intéresser aux deux parents). Les résultats sont exprimés en pourcentage. Si l'on met en lignes la catégorie socioprofessionnelle des pères et en colonnes celle des fils, on pourra lire, en suivant une ligne, dans quelles catégories socioprofessionnelles se répartissent 100fils d'agriculteurs, 100fils d'employés, etc. Ce type de lecture nous donne donc un chiffrage de la destinée sociale, c'est-à-dire de la façon dont une génération de fils se distingue, ou non, de la génération des pères.
Mais on peut s'interroger aussi sur l'origine sociale. Dans ce cas, on se demande, sur 100fils agriculteurs, combien avaient un père agriculteur, combien un père employé, etc. Les deux informations ne sont évidemment pas identiques. Par exemple, concernant la destinée sociale, la majorité des enfants d'agriculteurs ont choisi (ou ont été contraints) d'embrasser d'autres professions. En revanche, concernant l'origine, la quasi-totalité de ceux qui sont aujourd'hui agriculteurs avaient un père agriculteur. Alors que la destinée sociale mêle deux déterminants –la mobilité sociale (la possibilité pour chacun de sortir du milieu social de ses parents) et la mobilité structurelle (la disparition ou la réduction de certaines professions, qui contraint les enfants à ne pas faire comme leurs parents)–, l'origine sociale permet d'isoler la composante sociale stricto sensu. Et l'on constate, dans le cas de la société française, que la mobilité sociale est réduite: la plupart des cadres sont issus de milieux sociaux cadres ou professions intermédiaires, la plupart des ouvriers sont issus de milieux sociaux eux-mêmes ouvriers ou, à la rigueur, agriculteurs. Il existe également des tables de mobilité professionnelle (entre métiers, entre branches, entre situations sur le marché du travail), mais qui sont alors dressées d'une année sur l'autre.
A lire également:
Louis Maurin, «La mobilité sociale progresse-t-elle?», hors-série n°44 d'Alternatives Economiques, avril2000. - cliquez ici.)