
Capitalisme managérial
Concept forgé dans les années1930 par Adolf Berle (économiste américain) pour désigner le fait que les propriétaires du capital délèguent de plus en plus fréquemment leur rôle de gestionnaires à des salariés de haut niveau chargés de développer l'entreprise. Cette évolution est d'autant plus accentuée que, avec la vente sur le marché boursier d'une partie souvent importante des actions détenues initialement par les familles propriétaires, le capital des grandes entreprises devient très émietté et que la montée des managers en est facilitée, puisque aucun actionnaire ne détient plus réellement le pouvoir. Néanmoins, cette thèse –reprise et systématisée par John Kenneth Galbraith– a été largement battue en brèche dans les années1990-2000, du fait de la montée du pouvoir des actionnaires et des dispositifs mis en oeuvre pour inciter les managers à donner la priorité à la valorisation des actions sur le marché boursier plutôt qu'à tout autre objectif. Il est possible que la crise, à l'origine financière évidente, aboutisse à fermer cette parenthèse et à remettre en selle une forme de capitalisme managérial. Commentaire: Le capitalisme managérial est parfois appelé en France capitalisme technocratique. L'exemple type est celui de Danone, firme dans laquelle aucun actionnaire ne détient plus de 3% du capital, ce qui a permis à Antoine Riboud (et désormais à son fils Franck) de contrôler et de gérer l'entreprise avec très peu d'actions. Il convient cependant de remarquer que, même s'ils n'exercent plus effectivement le pouvoir, les actionnaires conservent la capacité de se révolter et de se coaliser pour démettre un manager qui, à leurs yeux, effectue des choix qui réduisent l'espoir de profits, pour le remplacer par un autre. Cette révolte des actionnaires a été particulièrement importante aux Etats-Unis, patrie pourtant du capitalisme managérial. Mais elle a en même temps provoqué tant de dysfonctionnements et engendré tant de problèmes en voulant gonfler au-delà du raisonnable la part des dividendes et des profits qu'il n'est pas impossible que le capitalisme managérial redevienne la forme jugée la plus souhaitable du capitalisme de demain.
Date de mise à jour : 22/01/2010
A lire également: Denis Clerc, «Alfred Chandler, apôtre du capitalisme managérial», Alternatives Economiques n°131, novembre1995. - cliquez ici. Blandine Laperche, «Le pouvoir et la grande entreprise: l'actualité de la pensée de Galbraith», L'Economie politique n°28, octobre2005. - cliquez ici. Denis Clerc et Guillaume Duval, «Le pouvoir aux actionnaires», Alternatives Economiques n°261, septembre2007. - cliquez ici.
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