Avancées dans le traitement du mésothéliome


Milène Leroy
Santé & Travail n° 069 - janvier 2010
couverture
Souffrance au travail : reprendre la parole
— janvier 2010 —

Le mésothéliome, cancer de l'amiante, résiste à tous les traitements médicaux actuels. A Caen, une équipe de chercheurs développe des techniques innovantes pour y remédier.

La cellule du mésothéliome, le cancer de l'amiante, est une monstruosité de la nature. Elle résiste en effet à sa propre mort - ou apoptose - pour laquelle toute cellule est normalement programmée. L'apoptose, c'est "comme la chute des feuilles en automne lorsque la durée du jour diminue", explique le Dr Laurent Poulain, chercheur au sein de l'unité "Biologie et thérapies innovantes des cancers localement agressifs" (Bioticla) du Groupe régional d'études sur le cancer (Grecan), rattaché à l'université de Caen Basse-Normandie. Ce professionnel de santé a peut-être trouvé la parade à cette "immunité" du mésothéliome.

Les cellules de ce cancer résistent à la chimiothérapie, notamment grâce à la protection fournie par une protéine. L'idée du Dr Poulain consiste à empêcher la production de cette protéine afin de rendre la cellule cancéreuse plus vulnérable. Il s'est inspiré pour cela de la découverte faite par deux chercheurs américains, Andrew Fire et Craig Mello, qui se sont vu décerner le prix Nobel 2006 de médecine. Les deux médecins ont décrit le rôle joué par un petit élément présent dans toute cellule: l'acide ribonucléique (ARN) "interférent". Ce dernier entrave l'action d'une autre molécule, l'ARN "messager", qui transmet les informations génétiques indispensables à la production des protéines. "En empêchant l'ARN messager d'agir, on empêche la synthèse de la protéine antiapoptose", indique Laurent Poulain. "Ça marche dans une boîte de culture. Il faut maintenant tester sur la souris", précise-t-il.

Empêcher la prolifération. Une autre piste, tout aussi prometteuse pour l'amélioration du traitement des mésothéliomes, est explorée par le Pr Philippe Icard, responsable du service de chirurgie thoracique au centre hospitalier universitaire de Caen et membre lui aussi de l'unité Bioticla. Ce dernier cherche à priver la cellule cancéreuse de sa source d'alimentation. La cellule malade consomme en effet une très grande quantité de glucose pour se développer. En la coupant de cette ressource par l'administration d'un produit, il s'agit d'interrompre la prolifération des cellules cancéreuses et d'entraîner leur dépérissement.

Testée avec succès dans des boîtes de culture, cette solution a ensuite été vérifiée sur des animaux. "Un mésothéliome humain a été greffé à des souris. Leur durée de survie a été doublée", relate le Pr Philippe Icard. Autre résultat positif: "Quand cette privation d'alimentation est couplée à la chimiothérapie, celle-ci devient plus efficace", note-t-il. Désormais, ces résultats doivent être expérimentés en situation réelle. "Nous devons auparavant répondre à de nombreuses questions", tempère le Pr Icard. Les chercheurs doivent par exemple s'assurer de l'absence de toxicité générale du produit utilisé pour restreindre l'alimentation des cellules cancéreuses en glucose.

Ces deux projets représentent un espoir pour les personnes atteintes de mésothéliome dans une région, la Basse-Normandie, particulièrement touchée par le cancer de l'amiante. En effet, entre les chantiers navals à Cherbourg (Manche) et, surtout, l'ancienne usine Ferodo de Condé-sur-Noireau (Calvados), de nombreuses victimes d'expositions professionnelles sont et ont été traitées à l'hôpital de Caen.


Milène Leroy
Santé & Travail n° 069 - janvier 2010
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