Courrier des lecteurs - juillet 2009



Santé & Travail n° 067 - juillet 2009
couverture
Restructurations : les conditions de travail trinquent aussi
— juillet 2009 —

Surestimation des risques

Il y a peu de médecins du travail spécialisés dans la médecine d'altitude ou l'hypoxie [faible oxygénation des tissus, NDLR]. Lorsqu'un tel spécialiste lit l'article écrit par Isabelle Mahiou ["Quand le travail manque d'oxygène", Santé & Travail n° 66, NDLR], il est plutôt étonné. Le texte contient de nombreuses erreurs (…) qui ne sont pas acceptables, car elles mèneraient à une estimation des risques tout à fait irréaliste (…).
(…) Ainsi, l'affirmation qu'"au-dessous de 18%, ces effets "vont de la diminution des performances physiques et intellectuelles (…) à une altération ou une perte de conscience"" est erronée sous cette forme-là. Au contraire, pendant la première phase d'exposition, une augmentation (…) des performances mentales peut être constatée. (…) Le taux de 18% (…) étant très en dessous du seuil de réaction, (…) le corps ne se rend pas du tout compte qu'il est dans une atmosphère d'hypoxie. Le taux de 15% correspond à une altitude d'environ 2 500-2 600 mètres, c'est-à-dire (…) aux régions de villégiature des Alpes européennes (…). Le taux de 14% se rencontre dans des grandes villes comme La Paz.
L'affirmation que le taux de 13% représente un danger vital signifierait qu'il y a un grand nombre de morts parmi les passagers allant à La Paz (…). Il peut se produire un mal d'altitude dangereux en cas d'exposition aiguë pendant plus de 12-48 heures. Mais celui qui est exposé à l'hypoxie (…) pendant quelques heures (…) et qui ne souffre pas d'une maladie cardiopulmonaire avancée ou d'une anémie n'a rien à craindre.
(…) La médecine du travail devrait se tenir strictement aux faits physiologiques et cliniques plutôt que créer des problèmes là où il n'y en a pas (…).
Thomas Küpper, institut de médecine du travail et de médecine sociale, Aix-la-Chapelle (Allemagne)

Attention danger!

Votre article sur l'hypoxie dans le n° 66 d'avril m'a beaucoup intéressé. Quelques compléments: ce risque est bien connu des entreprises qui utilisent l'azote pour (…) éviter l'oxydation (…), comme dans la chimie ou les centrales électriques. Il a déjà causé de nombreux morts. Le risque existe en cas de fuite, de défaillance technique. Les moyens de prévention existent: mesure en continu du taux d'oxygène dans le local, port d'oxygènemètre individuel qui déclenche une alarme à 19% d'oxygène. Mais ce n'est pas suffisant, car si le salarié est dans une zone assez vaste (…), il n'aura pas le temps d'évacuer. Il faut donc: un appareil respiratoire isolant pour évacuer dès que l'alarme apparaît, l'obligation d'intervenir à deux, une formation des salariés exposés (…), le contrôle régulier des installations (…).
Laurent Samson, ergonome et IPRP
Ces deux points de vue divergents illustrent bien que certaines connaissances sur les effets de l'altitude ne sont pas forcément applicables aux conditions de travail en atmosphère appauvrie. Donc, prudence.



Santé & Travail n° 067 - juillet 2009
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