Et pourtant je me suis levée tôt…, par Elsa Fayner

Et pourtant je me suis levée tôt… Une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires, par Elsa Fayner
Editions du Panama, 2008, 172 p., 15 €

Antoine de Ravignan
La lettre de l'insertion n° 145 - mars 2008
couverture
La lettre de l'insertion de mars 2008
— mars 2008 —

Précarité, flexibilité, temps partiel subi, travailleurs pauvres, dualisation du marché du travail…, ces mots si souvent entendus, lus, écrits ou prononcés, finissent, avec l'usure, par s'affaiblir et s'abstraire des réalités qu'ils désignent. Pire, ils jouent parfois un rôle d'écran entre les uns qui les emploient et les autres qui les vivent. Elsa Fayner joue ici les passeuses et nous rappelle ce que ce parler veut vraiment dire. La jeune journaliste a passé trois mois à Lille où elle travaillé tour à tour comme téléopératrice (en intérim), vendeuse à la cafétéria d'Ikea (en CDD) et employée d'étage dans un hôtel quatre étoiles (en CDI), ici à temps partiel, là à 39 heures, payée au smic, toujours.

Elle ne prétend pas « se mettre dans la peau de ». Elle sait qu'elle n'est pas dans la situation des collègues qu'elle a côtoyés quelques semaines durant. Elle reconnaît les limites de sa courte expérience. Elle prend soin en revanche de relier en permanence ce qu'elle a su si bien voir et entendre avec ce que disent les économistes et les sociologues sur le travail précaire dans une France tertiarisée. Tranches de vie et savoir théorique s'éclairent ainsi réciproquement tout au long de ce récit, sobre, humain, intelligent et fort bien écrit. Cette immersion est très précieuse pour percevoir les effets redoutables sur le plan physique et mental des méthodes de management moderne mises au service de l'intensification du travail : derrière l'autonomie du salarié et l'organisation par objectifs se cache une exploitation qui ne dit pas son nom, imposée par la peur, les pressions, un contrôle subtil, une exploitation d'autant plus violente qu'elle décourage toute forme de réponse collective. Et ce n'est pas la moindre des qualités de ce livre que de souligner, au-delà de son inhumanité (pour ceux d'en bas), l'inefficacité économique de ce taylorisme de la société postmoderne.

Et pourtant je me suis levée tôt… Une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires, par Elsa Fayner
Editions du Panama, 2008, 172 p., 15 €

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