La Sécu inviteles entreprises à agir


Martine Rossard
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
couverture
Pénibilité : ne plus s'user à la tâche
— juillet 2007 —

En tête des maladies professionnelles reconnues, les troubles musculo-squelettiques ne cessent de se développer. Une réalité qui a incité l'Assurance maladie à organiser fin mars une semaine de prévention en direction des entreprises.

Les entreprises s'engagent". C'est autour de ce thème que s'est déroulée la première Semaine de prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS), organisée du 26 au 31 mars par la Caisse nationale d'assurance maladie. L'enjeu est considérable. Les TMS représentent en effet les trois quarts des maladies professionnelles reconnues et leur nombre augmente de 20% par an. Pour la seule année 2005, les 31 000 TMS indemnisés ont coûté 6,5 millions de journées de travail et 650 millions d'euros pour la prise en charge (soins, indemnités journalières, rentes…). Sans compter les souffrances et handicaps endurés par les salariés concernés.

Pour le régime général de la Sécurité sociale, les TMS figurent dans cinq tableaux (57, 69, 79, 97 et 98) et concernent des affections liées à certains gestes ou postures, à des vibrations ou au port de charges lourdes. Ils touchent les tendons, les muscles, les articulations au niveau du cou, du dos, des épaules, des membres inférieurs et supérieurs. Les facteurs de risque s'avèrent nombreux et fortement imbriqués: biomécaniques, organisationnels, psychosociaux et individuels (ces derniers ayant une faible incidence). Malgré l'automatisation des tâches, notent les promoteurs de la Semaine, les travaux exigeant des gestes répétés sous forte contrainte de temps restent répandus, voire se développent. "Les temps de récupération peuvent être compressés, l'organisation du travail laissant alors peu de marge de manoeuvre aux salariés", déplorent-ils.

La branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP) de la Sécurité sociale recommande aux entreprises une démarche préventive globale, pluridisciplinaire, participative et inscrite dans la durée. Elle suggère de s'appuyer sur les ergonomes, sur le médecin du travail et sur les services de prévention des caisses régionales d'assurance maladie.

Diffuser les bonnes pratiques

C'est cette approche intégrée que la Semaine de prévention a promue par le biais d'une cinquantaine d'événements à travers la France: colloques, débats, projections, visites, sondages… Objectif déclaré: convaincre les entreprises de se lancer dans la prévention et diffuser les bonnes pratiques déjà en cours chez plusieurs d'entre elles. Lors du lancement national, plusieurs exemples ont été présentés. Ainsi, à Strasbourg, l'entreprise de mobilier de bureau Steelcase a associé tous les salariés à la détection, l'analyse et la réduction des facteurs de risque. Elle a notamment pu supprimer sept gestes et postures "nocifs" et intégrer des "gestes compensateurs" dans les modes opératoires. Avec, à la clé, une diminution de moitié du nombre et de la gravité des TMS. Il est désormais envisagé d'anticiper les contraintes des postes de travail dès les phases de recherche et développement.

Libérer la parole

Autre exemple, présenté au cours d'une réunion-débat organisée par la caisse régionale d'assurance maladie d'Ile-de-France (Cramif): la campagne de prévention lancée par les institutions de retraite, prévoyance et santé des employeurs et des salariés de la coiffure. "Dans l'inconscient collectif, les maux de dos font partie du métier, a indiqué Jacques Minjollet, directeur des Institutions de la coiffure, mais la démarche est bien accueillie au sein de cette profession atomisée, qui compte 60 000 salons et employeurs et 120 000 salariés." Véronique Poète, du cabinet d'expertise Alternatives ergonomiques, a insisté sur la nécessité d'"agir sur les déterminants" - organisation du travail, choix des outils et équipements, environnement - et de ne pas négliger les échanges entre coiffeurs. Car les TMS sont révélateurs de contraintes tant dans le travail que dans la possibilité d'en parler, comme devait le souligner l'ergonome et universitaire François Hubault. Avant de conclure: "La tension psychique doit se libérer soit par l'action soit par la parole."


Martine Rossard
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
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