Merci Dominique !
Dominique Huez, François Desriaux
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
Décédée brutalement le 30 avril dernier, Dominique Dessors, ergonome, psychodynamicienne du travail, laisse un grand vide au comité de rédaction de notre revue, dont elle était l'un des piliers.
En dix-sept ans, Dominique Dessors n'a quasiment jamais manqué une réunion du comité de rédaction de Santé & Travail. Désormais, nous allons devoir apprendre à travailler sans elle. Dominique est décédée brutalement le 30 avril dernier. Présente dès le lancement de notre revue, elle en était devenue l'un des piliers. Nul autre qu'elle n'avait cette faculté de tenir la question du travail et de porter la parole des salariés. Une parole construite collectivement au cours des innombrables journées de formation et d'écoute qu'elle a consacrées à des salariés et militants syndicaux. Elle savait rendre compte, de façon aussi limpide que précise, des choses complexes du travail, elle savait donner à comprendre la souffrance des travailleurs et amener le lecteur derrière le miroir des interprétations simplistes qui sont généralement servies. Certains de ses articles édités par notre revue resteront des références dans le domaine des conditions de travail et de la prévention des risques professionnels. En particulier celui sur l'écoute compréhensive, celui sur l'ergonomie, outil de compréhension du travail, ou encore celui sur le métier d'aide à domicile.
On retrouve à travers ces textes les obsessions de Dominique, celles sur lesquelles elle était intransigeante et pouvait donner de la voix ou, au contraire, terrasser l'imprudent d'un humour ravageur: ne pas juger le travailleur mais comprendre d'abord le travail; se garder de toute explication moralisante et culpabilisante; donner d'abord la parole aux salariés, et non la leur confisquer en parlant en leur nom. Dominique, c'était aussi un style, une plume comme on dit, plus proche de l'écrivain que du journaliste. Dominique était intime avec les mots. Si nous devions, faute de place, couper son texte, ou simplement trouver un titre, cela nécessitait d'avoir bien préparé son coup et de pouvoir justifier totalement chacun de nos choix.
Ergonome, psychodynamicienne du travail - discipline qu'elle a contribué à fonder aux côtés de Christophe Dejours -, chercheuse et enseignante au Conservatoire national des arts et métiers, elle laissera une empreinte profonde auprès de très nombreuses générations d'étudiants et de professionnels en santé au travail. Au premier rang de ceux-ci, on retrouve tout un courant de médecins du travail marqués par ses enseignements et ses travaux. Avec eux, elle a partagé une conception du travail comme facteur déterminant de la construction de la santé. Avec eux, elle a contribué à construire la clinique médicale du sujet au travail. Avec eux, elle a facilité l'émergence d'une réflexion collective sur les difficultés et l'impuissance de leur métier. Au-delà de la mise en commun de valeurs, elle a aidé beaucoup de médecins du travail à retrouver l'estime de soi.
Dans les années 1990, elle a encouragé le réseau de praticiens de l'association Santé et médecine du travail à partager leurs expériences professionnelles à travers l'écriture. Cela a donné, à quelques années d'intervalle, deux ouvrages de référence, Souffrances et précarités au travail (Syros, 1994) et Femmes au travail, violences vécues (Syros, 2000).
Dominique n'hésitait pas non plus à donner de son temps personnel. Ainsi, elle était présidente de l'Association des amis de Santé & Travail, créée lorsque notre revue a connu quelques difficultés.
Merci, Dominique, de nous avoir accompagnés durant toutes ces années. L'héritage intellectuel et militant que tu nous laisses devrait nous aider à poursuivre dans cette voie si délicate de la recherche d'un travail moins aliénant. Mais sans toi, ce sera plus dur. ??????? ??????
Dominique Huez, François Desriaux
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
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