Polémique sur le risque amiante à la RATP

Frédéric Lavignette
Santé & Travail n° 086 - avril 2014
couverture
Libérer la parole sur le travail
avril 2014

Les personnels chargés de l'entretien des rames de métro et de RER de la RATP sont exposés à une peinture amiantée, notamment sur la ligne 13. Et ce sans les mesures de prévention adaptées, selon la CGT et un médecin du travail. Ce que conteste la direction.

Lors d'une conférence de presse, le 6 février dernier, la CGT RATP a tiré la sonnette d'alarme sur l'amiante. Il s'agissait en l'occurrence de dénoncer les conditions d'intervention d'agents de l'atelier de maintenance Pleyel sur des trains de la ligne 13 du métro parisien. En cause : une peinture baptisée Insonastic, contenant de 10 % à 20 % d'amiante. Cet isolant thermique et phonique, qui recouvre le dessous des anciens trains, se craquelle avec le temps, exposant les ouvriers chargés de l'entretien des véhicules à l'inhalation de résidus contenant de l'amiante. L'atelier Pleyel n'est pas le seul confronté à cette peinture, qu'on retrouve sur près de 80 % des trains des lignes nos 3, 3 bis, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12 et 13 ainsi que sur les rames des RER A et B.

"Faussement rassurants"

D'après la direction de la RATP, il n'y a pas lieu de s'inquiéter : "Sur les matériels roulants, seul de l'amiante confiné ou lié (non dangereux pour la santé des salariés et des voyageurs) reste présent, principalement dans des appareils électriques fermés et dans des enduits et peintures ; il disparaîtra au fur et à mesure du renouvellement du matériel roulant." Et la régie de préciser : "Des mesures sont régulièrement réalisées sur notre réseau par des laboratoires indépendants et accrédités toutes ces mesures montrent l'absence de fibres d'amiante dans l'air de nos espaces souterrains."

Une vision optimiste que ne partage pas le Dr Laurent Lecoin, médecin du travail : "Il y a un déni du risque à tous les niveaux. Contrairement à ce que nous préconisons, les prélèvements et les mesurages ne sont pas réalisés directement sur les opérateurs de maintenance, lors des chantiers. Les prélèvements à zéro fibre sont donc faussement rassurants." De surcroît, ces prélèvements ne comptabilisent que les fibres fines, pas les courtes. L'absence de risque n'est pas non plus garantie sur du matériel roulant pourtant censé avoir été rénové. Signe du mauvais suivi de la direction et de la mauvaise exécution des chantiers de désamiantage, certains véhicules du métro et du RER ont été rendus à la RATP encore contaminés, jusque dans les cabines des conducteurs.

C'est la restitution d'un train mal débarrassé de son Insonastic qui a déclenché la colère des agents de maintenance de l'atelier Pleyel, rappelle Franck Bothier, représentant CGT au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Depuis leur fosse, la tête en l'air et les bras tendus vers les "sous-caisses" des trains, les salariés extraient les parties défectueuses et dangereuses pour les recouvrir d'une couche de peinture neuve et plus saine. Si le port de combinaisons étanches et de masques ventilés leur est imposé, c'est sans tenir compte du surcroît de pénibilité et de stress que cela entraîne. "Il n'y a donc aucune phase de désamiantage. Or nous ne sommes pas habilités à faire ce travail-là", explique Franck Bothier. En outre, pour le Dr Laurent Lecoin, les mesures de protection "ne sont pas suffisamment évaluées", pas plus que la pénibilité du travail. "Les agents étaient peut-être en tenue, mais il n'y avait pas de sas. Ils se déshabillaient au bout du quai en risquant de mettre de la poussière partout", souligne-t-il.

Les bâtiments aussi

Enfin, le problème d'amiante à la RATP ne se limite pas aux rames de métro et de RER. Certains bâtiments où travaillent des agents sont aussi concernés. Le 20 décembre dernier, en raison d'un seuil élevé de fibres d'amiante observé dans les locaux du poste de contrôle Crillon, près de Bastille, le personnel avait dû être évacué et le trafic des lignes nos 2, 6, 10, 11 interrompu. Sur le sujet, la direction rappelle qu'elle a édicté en 2008 une instruction générale sur l'organisation de la prévention du risque et que le protocole élaboré en 2006 "relatif aux différentes problématiques liées à l'amiante" - portant sur la prévention, le suivi du personnel et la réparation - a été renouvelé il y a trois ans et approuvé par cinq des six syndicats de l'entreprise. Sauf la CGT.

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