Poussières de bois : une substance cancérogène
Travailler le bois n'est pas sans risque: son usinage dégage des poussières souvent toxiques qui peuvent, même à des concentrations relativement faibles, provoquer une multitude de pathologies, voire un cancer du nez. Il est donc important de protéger les travailleurs, soit collectivement soit avec des équipements de protection individuels, et de contrôler l'empoussièrement des postes.
Si toucher du bois permet de se préserver dumauvais sort, en res pirer est dangereux pour la santé! Aujourd'hui, denombreux travailleurs sont encore exposés auxpoussières de bois. Près de 200000 travail leurs, d'après les études Su mer 94 et Carex, y ont été exposés en France entre 1990 et 1994, soit environ 1% de la population active. Et sur une vie de travail, le pourcentage de personnes ayant été exposées professionnellement serait de 10 à 15% pour les hommes et de 3 à 5% pour les femmes. Or, cette exposition présente un certain nombre de risques, dont celui de dé clencher un cancer.
Une toxicité avérée
Les poussières de bois sont des substances très composites. Leur composition varie selon l'espèce de bois travaillée - dure ou tendre - et les traitements reçus. Elles peuvent ainsi contenir, outre du bois, un mélange de salissures, sable, cendres, bio-aérosols, particules issues de gaz d'échappement, etc. Les poussières de bois, particulièrement celles de bois dits "durs", sont classées comme can cé rogènes avérés pour l'homme par le Cen tre international de re cherche sur le cancer (Circ). Qui plus est, le bois est rarement utilisé brut, sans traitement physico-chimique. Les travailleurs peuvent donc être exposés à divers produits chimiques par voie respiratoire ou cutanée.
Ainsi, dans les scieries, les chlorophénols ont été largement utilisés comme fongicides depuis les an nées 1940, avant d'être remplacés en raison de leur effet potentiellement dangereux pour la santé. Toujours dans les scieries, le bois est aussi traité, afin d'augmenter sa résistance, avec des créosotes - le gou dron de bois ou de houille (cancérogène probable, selon le Circ) - du pentachlorophénol, des sels de cuivre ou de cuivre-chrome-arsenic. En ce qui concerne le chrome, on retrouve es sentiellement du chrome VI, classé cancérogène par le Circ.
Les fabriques de contreplaqués ou de panneaux de fibres utilisent, elles, beaucoup de colles, certaines pouvant contenir de l'urée, de la mélamine, du phénol ou du formaldé hyde (cancérogène proba ble, selon le Circ). Enfin, les ébénisteries utilisent aussi largement des agents antifongiques, conser va teurs, peintures, teintures, vernis, encaustiques…
Des niveaux d'exposition élevés
Depuis une dizaine d'an nées, la mesure des ni veaux d'exposition individuels est réalisée selon des méthodes standardisées. Mais ces dernières ne permettent pas de distinguer les différents éléments constitutifs des poussières inha lées. Leur composition est donc dé terminée en fonction des postes de travail et des circonstances de prélèvement.
Les niveaux d'exposition mesurés varient considérablement selon le secteur industriel et le poste de travail. Les me sures réalisées en France entre 1987 et 2000, re groupées par l'INRS dansla base de données Colchic, indiquent que les niveaux les plus élevés sont relevés dans les fabriques de sièges (avec une médiane de 4 mg/m3), les fabriques de meubles meublants (médiane de 3,6 mg/m3) et les industries connexes de l'ameublement (mé diane de 3,5 mg/m3). Les postes les plus exposés sont le décapage-meu lage (mé diane de 5,1 mg/m3), le ponçage (médiane de 3,6 mg/m3) et l'usinage au tour (mé diane de 2 mg/m3). Mal gré une diminution des niveaux d'exposition entre 1987 et 2000 (la mé diane est pas sée de 4,8 mg/m3 à 0,8 mg/ m3), ceux-ci restent en core élevés, avec près de 50% des prélè vements su périeurs à 1 mg/m3 en 2000.
De la sinusite au cancer
Plusieurs pathologies sont liées aux poussières de bois, la plupart étant re censées dans le tableau de maladies professionnelles n° 47 du régime gé néral. C'est le cas du cancer de l'ethmoïde, un os du nez, et des sinus de la face. Cependant, d'autres variantes du cancer du nez peuvent être imputées aux poussières de bois, comme celle touchant les fosses nasales. On estime ainsi à environ 45% le pourcentage de cancers du nez liés à une exposition profession nelle. Ce cancer est rare dans la population fran çaise, puisqu'on es time son incidence à unnouveau cas par an pour 100000 personnes. Le délai entre la première exposition et la survenue du cancer est très long, de l'ordre de quarante ans. Toutefois, le risque de le développer est multiplié par 10 à 20 chez les travailleurs exposés aux poussières de bois.
Ces derniers présentent aussi plus fréquemment des pathologies va riées des voies aériennes supérieures: saignement de nez, obstruction nasale, sinusite, rhume prolongé, stase du mucus nasal… Ces symptômes surviennent à des concentrations en poussières de bois re lativement faibles, dès 1 mg/m3, et représentent une gêne importante pour les travailleurs. L'exposi tion aux poussières de bois peut aussi induire des pathologies des voies respiratoires inférieures: asthme, toux, bronchite chronique et, plus rarement, fibrose pulmonaire ou alvéolite allergique. Enfin, le contact des poussières de bois avec la peau peut entraîner des eczémas de contact ou allergiques. Des atteintes oculaires, conjonctivites ou kératites par irritation directe de la cornée, sont également décrites.
Réduire l'exposition au maximum
Dans la plupart des pays occidentaux, il existe des valeurs limites d'expo si tion professionnelle (VLE) aux poussières de bois, parfois indicatives. En France, cette valeur est obligatoire et fixée à 1 mg/m3 sur la durée d'un poste de travail de 8 heu res. Au niveau eu ropéen, un récent rapport du Scien tific Committee Group on Occupational Exposure Limits recommande une valeur moyenne d'exposition ne dépassant pas 0,5 mg/m3. Cette limite est maintenant en cours de discussion auprès de la Com mission européenne.
Cependant, les niveaux émis par les machines usinant le bois sont très largement supérieurs aux différentes VLE. Des dispositifs visant à réduire l'exposition sont donc indispensables. Ils sont de deux types: collectifs ou individuels. Les premiers sont les plus efficaces, car ils permettent de capter les poussières "à la source". Toutefois, ils ne sont pas toujours utilisables, en particulier pour certains outils portatifs. Dans ce cas, le port de masques antipoussières avec cartouche filtrante est conseillé. Atten tion, l'organisation du travail doit permettre aux travailleurs de retirer régulièrement ce type de masque, qui présente des désagréments: résistance inspiratoire, amputation du champ visuel, inconfort thermique ou irritation cutanée.
















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