Préretraite progressive : une expérience à renouveler


ANNIE JOLIVET, Chercheuse à l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires).
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
couverture
Pénibilité : ne plus s'user à la tâche
— juillet 2007 —

L'allongement de la durée de cotisation ne se traduit pas nécessairement par un report aussi important de l'âge de départ en retraite ni de l'âge de sortie de l'emploi. Un récent rapport du Conseil d'orientation des retraites note ainsi qu'"entre 2003 et 2020, le recul supplémentaire de l'âge moyen de départ en retraite dû à la réforme de 2003 serait limité à 0,2 an dans le secteur privé et à 1,5 an pour les fonctionnaires, pour des allongements de durée d'assurance de respectivement 1,75 an et 4,25 ans". Des discussions répétées avec des médecins du travail et des salariés en fin de carrière conduisent à s'inquiéter des difficultés à "tenir" jusqu'à la retraite pour beaucoup de seniors.

Filet de secours. Si ces difficultés ne sont pas ignorées, elles ne semblent pas suffisamment prises en compte. La négociation sur la pénibilité prévue par la loi sur la réforme des retraites de 2003 traîne en longueur. La retraite anticipée pour longue carrière a été créée, mais elle offre une possibilité de sortie et une condition de durée validée très restrictives. Quid des mesures permettant de "tenir" au travail pour les quinquagénaires et sexagénaires d'aujourd'hui?

Une mesure apportait une solution à certaines situations: la préretraite progressive (PRP). Conçue à l'origine pour favoriser le partage du travail, cette mesure de réduction du temps de travail avec compensation partielle de la perte de salaire offrait une possibilité de rester en emploi dans des conditions plus douces: allégement du travail même lorsque ses conditions restent très sollicitantes, dans certains cas réduction de l'amplitude des horaires ou des horaires atypiques. La PRP jouait aussi le rôle d'un filet de secours pour les salariés des petites entreprises non couverts par un accord de préretraite, mais aussi pour les salariés - le plus souvent des femmes - ne pouvant solliciter une retraite précoce en raison de durées de cotisation trop courtes.

Si la PRP telle qu'elle était conçue présentait certains inconvénients, sa suppression brutale en 2003, alors même que les possibilités de préretraite totale se réduisaient fortement, reste incompréhensible. D'importantes inégalités existent toujours entre salariés en fin de carrière selon leur parcours professionnel et la taille de leur entreprise. Et les modifications apportées l'an dernier à la retraite progressive ne suffiront pas à réduire ces disparités.


ANNIE JOLIVET, Chercheuse à l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires).
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
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