Quel devenir pour le Grenelle de l'insertion ?
Alain Bernard, responsable du département emploi-économie solidaire au Secours catholique
La lettre de l'insertion n° 021 - mai 2010
Par Alain Bernard, responsable du département emploi-économie solidaire au Secours catholique
Lors du lancement du Grenelle de l'insertion, en mai 2008, les associations - et le Secours catholique s'y est fortement mobilisé - ont considéré qu'il était important de saisir cette occasion pour conduire, avec tous les acteurs, une analyse partagée de l'insertion sociale et professionnelle : en éclairer les réussites, en analyser les carences, en révéler l'utilité sociale et - puisqu'il s'agissait d'un « Grenelle » - définir les contours de la négociation ainsi annoncée. C'est à cette fin que nous avons travaillé pour alimenter la réflexion commune et contribuer à améliorer le système actuel. Aux côtés des autres associations, acteurs majeurs de l'insertion, nous avons voulu participer à la définition d'une politique publique, avec l'espoir qu'elle réduirait de manière durable la pauvreté.
Lors des débats du Grenelle, le Secours catholique s'était félicité que l'accompagnement des personnes soit au cœur de l'action à mener. Il ne peut aujourd'hui s'empêcher de s'interroger sur la façon dont le service public de l'emploi (Pôle emploi) prend réellement en compte les personnes les plus éloignées du travail, celles que notre association reçoit dans ses accueils. Certes, un accord-cadre est en cours de négociation entre Pôle emploi et les réseaux de l'IAE, afin de renforcer leurs collaborations. Mais cela ne suffit pas.
De même, le Secours catholique s'étonne de la contradiction entre la volonté d'imposer des contraintes fortes aux chômeurs et la nécessité, dans bien des cas, de prendre du temps pour permettre une réelle insertion. Il rappelle que l'insertion économique n'est efficace que si l'insertion sociale l'accompagne. Or, la politique de Pôle emploi portant essentiellement sur une approche « emploi », on peut craindre que l'accompagnement social soit négligé. L'action du référent unique au sein de Pôle emploi est fondamentale, mais pourrait ne pas être suffisante pour les personnes les plus en difficulté.
Compte tenu de la situation individuelle des personnes qu'il accueille, le Secours catholique estime important que les salariés en insertion puissent disposer, quand cela est nécessaire et possible, d'une durée d'emploi plus longue que les vingt-quatre mois retenus dans la « feuille de route » issue du Grenelle, voire notoirement plus durable. La durée du travail doit garantir la stabilité et un niveau certain et digne de rémunération des salariés.
S'il s'est félicité des travaux du Grenelle de l'insertion, le Secours catholique reste vigilant sur ses applications. Comme les autres associations, nous avons fait le pari de l'action, et nous avons travaillé dans ce sens. Le Grenelle a permis de trouver des consensus, affirmés dans le rapport final et dans la feuille de route, sur des propositions partagées par l'ensemble des acteurs et qui constituent une avancée.
Nous avons par ailleurs insisté, lors de la clôture du Grenelle, sur l'exigence d'un calendrier et sur la nécessité d'un suivi rigoureux assorti de moyens d'évaluation. Nous avons accepté en toute logique de participer au comité de suivi du Grenelle et y sommes activement présents depuis le début.
Lors du dernier comité de suivi, nous avons, comme les autres associations, pointées le fait que le premier bilan d'étape du Grenelle manquait d'éléments d'analyse qualitative, suivant trop linéairement les douze chantiers prioritaires de la feuille de route et ne prenant pas en compte certaines des propositions retenues dans le rapport final. La présentation positive de ce premier bilan ne nous apparaît pas conforme à la réalité. Du moins, elle mérite d'être beaucoup plus nuancée. Nous espérons que les travaux en cours affineront ces approches.
Alain Bernard, responsable du département emploi-économie solidaire au Secours catholique
La lettre de l'insertion n° 021 - mai 2010
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