Revaloriser le travail ? Chiche !
François Desriaux, Rédacteur en chef
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
Les promesses électorales en forme de slogan, c'est bien pour remporter les élections… Mais cela peut réserver des surprises par la suite. Le candidat Sarkozy a martelé sur tous les tons durant la campagne qu'il voulait revaloriser le travail. Le président de la République va devoir maintenant faire ce qu'il a dit. Mais il n'est pas certain qu'il ait mesuré l'étendue de ses engagements.
Déjà, demander aux salariés de "travailler plus pour gagner plus" semble contradictoire avec sa promesse: "Il faut que le travail paye." Nous pouvons craindre que la valeur marchande du travail n'augmente pas et que la répartition de la valeur ajoutée va continuer de se faire en faveur de la rémunération du capital plutôt qu'en faveur des revenus salariaux.
Mais s'il s'agit pour le nouveau locataire de l'Elysée de défendre la valeur travail sur un plan moral en récompensant le goût de l'effort, le mérite, et "la France qui se lève tôt", alors, prenons-le au mot et attendons avec impatience les premières mesures qui vont enfin débloquer l'ascenseur social, en panne depuis bien longtemps. Banco pour une société où ceux qui ont trimé toute leur vie sont justement récompensés et respectés! Banco pour mettre fin à la déferlante des licenciements pour inaptitude médicale au poste de travail! Ce sont précisément ceux qui ont tout donné à leur travail, au point d'en perdre la santé, qui sont injustement remerciés parce qu'ils ne sont plus suffisamment performants. Prendre des mesures pour faciliter le maintien dans l'emploi des salariés inaptes et empêcher leur exclusion, voilà un vrai challenge pour montrer que le travail de toute une vie retrouve un peu de valeur.
Plus fort encore, s'il s'agit de "faire du travail une valeur centrale", comme cela a été garanti, alors nous signons des deux mains, nous qui avons maintes fois défendu dans ces colonnes que le travail avait un rôle d'émancipation sociale et d'épanouissement. Il y a urgence alors que les suicides au travail, ou en lien avec lui, augmentent dangereusement. Le bonheur n'est pas dans le travail tel qu'il se développe aujourd'hui. L'intensification, le resserrement des contraintes de temps, la chasse aux effectifs, la casse des collectifs empêchent les salariés de développer un travail de qualité. Le tour de main, le savoir-faire, l'expérience, tout ce qui fait la richesse du travail n'a plus la cote. Ce qui compte, c'est de satisfaire à des indicateurs abstraits, très éloignés de l'activité concrète. Le travail perd la tête et c'est une source de souffrance pour bon nombre d'actifs.
D'aucuns plaideront que cette dimension-là échappe à l'influence du politique. Pas si sûr. Indirectement, le pouvoir politique peut au moins redonner la parole aux salariés, en facilitant leur représentation et leur expression sur les conditions de travail, dans les PME notamment. Permettre que le travail soit mis en débat est une condition sine qua non pour qu'il retrouve du sens. Ce serait un signe fort démontrant que les nouveaux dirigeants n'entendent pas simplement "libérer" le travail en déréglementant les droits des salariés.
Puisqu'on nous a promis que "tout deviendra possible", il n'est pas interdit de rêver…
François Desriaux, Rédacteur en chef
Santé & Travail n° 059 - juillet 2007
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