Dossier Repères pour la prévention

Temps de cycle

François Desriaux | Dossier Web n° 067 - juin 2008

Un temps de cycle très court implique nécessairement une certaine répétitivité et donc induit un facteur de risque de TMS. Toutefois, un temps de cycle long ne garantit nullement l'absence de répétitivité. Même si les deux notions, temps de cycle et répéti tivité, sont liées, elles sont bien distinctes.

La notion de cycle peut paraître évidente, par exemple lorsque le travail est dépendant du rythme imposé par une machine, un flux (tapis, convoyeur…), une file de clients. Mais d'autres formes de cycles peuvent exister dans des activités non contingentées à un poste fixe. C'est le cas dans les hôpitaux, les crèches, les cuisines collectives… Les salariés y répètent des gestes dans des cycles journaliers: faire les lits, nettoyer les sanitaires, préparer les plats… Enfin, pour certains salariés, il peut être difficile d'identifier un cycle de travail, alors que l'activité peut contenir des mouvements très répétitifs: c'est le cas du travail sur clavier d'ordinateur.

Au-delà de la notion de temps ou de durée de cycle, il convient de repérer sur un poste la densité des gestes nécessaires à son exécution… Par ailleurs, il est judicieux d'observer également si le cycle de travail peut être anticipé, réalisé à des vitesses variables, ponctué de micropauses décidées par le salarié, etc. Les marges de liberté dans la réalisation du cycle de travail seront déterminantes pour la prévention des TMS.

Ce qu'il faut savoir

S'il est indéniable qu'un temps de cycle court (moins d'une minute) participe a priori aux facteurs de risque pouvant occasionner des TMS, la seule caractéristique du temps semble insuffisante pour expliquer les éventuelles apparitions de cette pathologie. Il est important également de considérer la densité gestuelle à l'intérieur de chaque cycle de travail. En effet, il est moins répétitif de réaliser trois mouvements sur un cycle de 20 secondes que dix toutes les 30 secondes.

Certaines actions de prévention qui ont reposé sur l'allongement des temps de cycle se sont révélées infructueuses pour enrayer la progression des TMS.

L'analyse a montré que la densité gestuelle était souvent très importante, s'ajoutant à une complexité des gestes (gestes à dynamique contradictoire). Par exemple, opération de câblage à l'avant et à l'arrière d'un appareil, cette dernière séquence nécessitant une posture très défavorable.

Dans de nombreuses entreprises manufacturières, comme l'automobile, la production est caractérisée par la variabilité des produits, même s'ils appartiennent à une même gamme. Cette diversité peut avoir des incidences sur le temps de montage. Par exemple, certaines voitures sont équipées de climatisation, d'autres pas. Cela va se traduire, pour certains salariés, par une succession de temps de cycle faibles et élevés. La référence au temps de cycle moyen peut alors être incongrue, si le travail se réalise sur une chaîne et que le temps de passage du véhicule, lui, est constant.

Souvent l'aléa entraîne un dérèglement du cycle opératoire. Le temps imparti n'est alors plus adapté au travail réel exigé. Ce constat ne doit pas pour autant amenerl'entreprise à lisser les cycles de tous les événements intempestifs. La résolution d'incidents peut nécessiter des gestes alternatifs qui constituent autant de ruptures salutaires à l'enchaînement incessant des mêmes gestes. Toutefois, pour que ces ruptures de rythme soient possibles, des conditions doivent être prévues, c'est-à-dire que la dépendance au système de production doit permettre ces résolutions sans que le salarié se trouve immédiatement en difficulté dans la continuité de son action.

Comment agir

Le cycle de travail et le temps qui lui est imparti sont des paramètres importants qui peuvent jouer un rôle dans l'apparition des TMS. Pour agir efficacement dans le cadre d'une action de prévention, il conviendra d'apprécier les éléments suivants:

- le temps du cycle et sa répétition horaire et journalière;

- la densité gestuelle à l'intérieur de chaque cycle;

- la complexité gestuelle, également à l'intérieur du cycle (gestes aux exigences contradictoires: vitesse, précision, par exemple);

- les possibilités d'aménagement temporel pour réaliser des "rattrapages" d'aléas, d'incidents…

Le temps de cycle est inséré dans un contexte temporel plus large qui doit être examiné en termes de dépendance ou de marges de manoeuvre du salarié. Ainsi, la latitude entre deux cycles, la capacité d'anticipation, la possibilité de marquer un temps d'arrêt, la possibilité pour le salarié de modifier sa propre vitesse seront autant d'éléments déterminants.

François Desriaux | Dossier Web n° 067 - juin 2008
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