Toxicologie: des nanoparticules peuvent endommager l'ADN

Jacques Romero
Santé & Travail n° 069 - janvier 2010
couverture
Souffrance au travail : reprendre la parole
janvier 2010

Dans une récente étude, des chercheurs britanniques ont démontré la toxicité de nanoparticules pour l'ADN de cellules humaines. Une découverte qui vient nourrir le débat sur l'application du principe de précaution dans l'utilisation de ces matériaux.

Si l'on en sait davantage sur les risques sanitaires que peuvent présenter les nanoparticules, beaucoup d'incertitudes demeurent. Dans un rapport rendu public le 10 octobre 2008, les experts de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) recommandaient de ce fait "l'application du principe de précaution" à l'égard de ces matériaux omniprésents dans l'environnement. Une étude britannique, publiée le 5 novembre dernier sur le site de la revue Nature Nanotechnology, est venue apporter un élément nouveau et troublant au débat: des nanoparticules peuvent exercer des effets néfastes sur des cellules humaines, même protégées par une barrière cellulaire.

"Nous avons montré que les nanoparticules peuvent endommager l'ADN et les chromosomes à travers une barrière intacte. Les nanoparticules n'ont pas traversé la barrière; en fait, les lésions sont dues à un nouveau mécanisme", indiquent Gevdeep Bhabra et ses collègues du Southmead Hospital, à Bristol (Royaume-Uni). Les chercheurs ont effectué leur démonstration in vitro sur des cellules du tissu conjonctif et avec des nanoparticules en alliage cobalt-chrome, comme on en trouve dans des prothèses métalliques. La bonne nouvelle, diront les optimistes, c'est que cette propriété d'agir sans franchir la barrière biologique pourrait être mise à profit pour des applications thérapeutiques inédites. La mauvaise, c'est que cette étude illustre une génotoxicité indirecte, inconnue jusqu'alors.

Jouets et crèmes solaires

Quelque 2 000 nanoparticules manufacturées, ayant au moins une de leurs dimensions comprise entre 1 et 100 nanomètres (milliardièmes de mètre), sont présentes dans plus de 600 produits de consommation courante. Si les nanotubes de carbone utilisés pour des raquettes de tennis, par exemple, sont vraisemblablement peu générateurs d'expositions, rien n'indique qu'il en aille de même pour les nanoparticules de silice dans les pneumatiques ou pour celles d'argent dans les jouets, voire pour celles d'oxyde de titane dans les crèmes solaires. "Les nanomatériaux sont partout, y compris dans l'alimentation", a reconnu Martin Guespereau, directeur général de l'Afsset, en ouverture des rencontres parlementaires sur les nanomatériaux qui se sont déroulées jeudi 10 décembre. "Les incertitudes pullulent", a-t-il ajouté.

Manque de données, études peu comparables, difficultés d'extrapoler les caractéristiques connues d'une substance à sa forme nanométrique, nécessité de distinguer les nanoparticules des nanotubes, avec lesquels il peut y avoir un "effet fibre", comme pour l'amiante…, l'évaluation de la toxicité pour l'humain bute sur de nombreuses difficultés. Quant à la toxicité environnementale, elle est encore très peu étudiée. Selon les bases de données, de 1% à 5,5% des études sur les nanoparticules concernent leur toxicité. De plus, les tests utilisés classiquement en toxicologie doivent être adaptés pour pouvoir être appliqués aux nanomatériaux.

Reste aussi à imposer un passage au crible des substances dont la production reste inférieure au seuil de 1 tonne par an prévu par le règlement européen Reach sur l'évaluation des substances chimiques. Aujourd'hui, la population directement exposée professionnellement en France est évaluée à un peu plus de 10 000 personnes, soit 7 000 dans les laboratoires et 3 300 en entreprise. Une estimation qui ne prend pas en compte les personnels utilisant des matériaux contenant des nanoparticules. Le rapport "Nano 3" de l'Afsset sur l'exposition environnementale de la population devrait être rendu public très prochainement.

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