© Juliette de Montvallon

Retrouver du sens au travail

par Stéphane Vincent / janvier 2022

« C’est pas du travail ! » Cette expression résume bien le désarroi de nombreux travailleurs face à leur activité professionnelle. Elle induit aussi l’idée que le travail ne peut s’envisager sans une exigence de qualité, qui lui donnerait tout son sens. Ce sens, sa perte ou son besoin font l’objet aujourd’hui, avec la crise du Covid, d’un débat de société. Encore faut-il déterminer ce qui se cache derrière. Le rapport au travail, ce que l’individu y investit, renvoie à l’histoire de chacun. Il est ainsi impossible de définir un « sens unique » du travail. En revanche, le besoin de se reconnaître dans ce que l’on fait est partagé par tous et toutes et constitue un enjeu de santé. De même, la richesse du travail, ce qui lui permet de faire société, tient à la possibilité pour les personnes de coopérer, de confronter et partager leurs expériences. Or le travail n’est pas organisé selon ces impératifs. Il est maltraité. Les conflits liés à l’activité ne sont pas discutés. Tout ceci génère des souffrances que les préventeurs doivent pouvoir décrypter, en aidant les travailleurs à mettre des mots sur leurs maux. Un rôle d’appui menacé par la mise en œuvre de méthodes standardisées, qui éloignent de la scène du travail. Pour certains, la solution passe alors par le désengagement ou la colère. Pour d’autres, le salut peut résider dans un changement de vie, à l’image des néo-paysans, génération spontanée d’agriculteurs en quête d’une activité qui a du sens.

© Juliette de Montvallon
© Juliette de Montvallon

Quand l’herbe est plus verte dans le pré d’à côté

par Rozenn Le Saint / janvier 2022

Une part grandissante des nouvelles installations en agriculture sont le fait de jeunes exploitants qui ne viennent pas du milieu agricole. Des néo-paysans en quête d’un modèle éthique de production et de bien-être au travail, malgré les difficultés du métier.

Après avoir œuvré chez le pro du bitume Colas, Laura Schneider passe à présent des journées bien plus heureuses dans les prés verdoyants. « J’étais carriériste. Je voulais gagner de l’argent mais, rapidement après mes études d’école de commerce, j’ai eu le sentiment de ne servir à rien. Ce que je faisais n’avait aucune noblesse », se souvient la jeune femme de 28 ans. En vacances en Savoie, elle rencontre une productrice de fromage de brebis sur le marché et lui demande de lui enseigner les ficelles du métier. « La première fois que j’ai mis les mains dans le lait, j’ai eu le sentiment d’être une sorcière ou une magicienne, capable de produire quelque chose. Quand je mets au jour un agneau, j’ai l’impression que ce que je fais a tellement de sens ! », raconte celle qui a fini par monter son propre élevage d’une centaine de brebis, en Moselle. « A l’origine de la démarche des néo-paysans, il y a une insatisfaction par rapport au travail, à la hiérarchie et à la séparation des tâches, sans association entre ce qui est intellectuel et manuel, décrit la sociologue Catherine Rouvière, auteure du livre Retourner à la terre. L’utopie néo-rurale en Ardèche depuis les années 1960. Cela les...

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