Quelques rappels essentiels sur le coronavirus

par Mélissa Menetrier Médecin du travail Quentin Durand-Moreau Médecin du travail / 20 mai 2020

Les connaissances sur le coronavirus sont nouvelles, fluctuantes. Malgré les incertitudes qui demeurent, voilà quelques informations à garder en tête pour comprendre les mesures contraignantes de protection et accompagner les conditions d’un retour du travail en sécurité.

Quelle est la différence entre coronavirus et Covid-19 ?
Le Covid-19 (pour coronavirus disease de l’année 2019) est la maladie causée par un virus, le Sars-CoV-2, qui appartient à la famille des coronavirus. C’est une particule non vivante, qui nécessite d’infecter un hôte pour se multiplier.
Certains coronavirus humains peuvent être à l’origine de maladies bénignes, comme des rhumes. D’autres, comme celui responsable de l’épidémie de Syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) de 2003, donnent des tableaux cliniques beaucoup plus graves, comme ceux que l’on rencontre chez des patients atteints du Covid-19.

Comment attrape-t-on le coronavirus ?
Le coronavirus se trouve dans les gouttelettes et les aérosols émis notamment lorsque l’on parle, tousse, éternue ou crie1. Il peut être directement inhalé par une personne exposée à ces gouttelettes ou aérosols contaminés. C’est pour cette raison que les mesures de distanciation physique ainsi que le port généralisé du masque dans la population contribuent à réduire le risque de transmission. L’usage de masques chirurgicaux, dits « masques altruistes » car ils visent à protéger autrui, permet de réduire l’émission des gouttelettes et aérosols dans l’air ambiant. Les personnes les plus exposées, notamment les soignants, doivent être protégées avec des masques FFP2, ayant un pouvoir de filtration supérieur aux masques chirurgicaux.
Les écrans et films plastiques constituent une barrière aux plus grosses gouttelettes de salive. Néanmoins, leur efficacité est faible face à une transmission aérienne du virus, les aérosols pouvant rester en suspension dans l’air pendant plusieurs heures et se diffuser au-dessus, par les côtés ou à travers les interstices de ces équipements. Ces mesures ne dispensent donc pas du lavage des mains et du port du masque.
Le coronavirus se dépose également sur les surfaces - poignées de porte, tables, téléphones, claviers d’ordinateur… Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il peut rester jusqu’à 72 heures sur une matière plastique. Un nettoyage régulier de ces surfaces est donc nécessaire, avec un produit efficace pour dégrader les particules virales. L’enveloppe externe du virus est composée d’une double couche de lipides, ce qui le rend très sensible aux produits usuels de ménage (par exemple, l’eau de Javel).
La contamination a aussi lieu en portant sa main couverte de coronavirus à sa bouche. L’hygiène des mains est dès lors un élément fondamental de la prévention, soit par l’application d’une solution hydroalcoolique, soit par un lavage au savon. Contrairement à une idée reçue, l’usage des solutions hydroalcooliques abîme moins les mains que le lavage au savon.
Le virus ne traverse pas la peau, ni les gants si on en utilise. Par contre, il est tout à fait possible d’être infecté en portant un gant contaminé à la bouche. C’est pourquoi le port des gants n’est pas recommandé pour la population générale, pouvant induire un faux sentiment de protection.

Quels sont les symptômes du Covid-19 ?
Il est difficile d’être certain à 100% qu’un symptôme donné est réellement lié au Sars-CoV-2 plutôt qu’à autre chose. Il semble que ce virus se manifeste de manière très différente. Il y aurait ainsi une grande proportion de porteurs asymptomatiques, c’est-à-dire des personnes infectées mais ne présentant pas de symptômes. S’agissant du Covid-19, ces derniers sont : la fièvre, la toux sèche, la fatigue, la gêne respiratoire, les expectorations, les douleurs musculaires, les frissons. D’autres sont régulièrement évoqués, comme l’anosmie (perte de l’odorat) et la dysgueusie (altération du goût). Certains médecins évoquent un état d’hypercoagulabilité, pouvant être responsables d’embolies pulmonaires ou d’accidents vasculaires cérébraux.
Les formes les plus graves de Covid-19 se manifestent par un syndrome de détresse respiratoire aigüe, qui nécessite souvent une prise en charge en réanimation, et peut conduire à la mort.

Quelles sont les personnes les plus à risque ?
Il faut ici distinguer les individus les plus à risque d’attraper le Covid-19 d’une part et ceux ayant un risque important de faire une forme sévère de la maladie d’autre part. Ce ne sont pas forcément les mêmes populations.
Le risque d’attraper cette maladie est lié à la probabilité de rencontrer le virus. Ainsi, les soignants constituent une catégorie professionnelle particulièrement exposée, parce qu’en contact rapproché avec des personnes pouvant les infecter. Ceci est étayé par les données publiées dans certains pays, qui ont réalisé des statistiques sur la contamination des personnels soignants.
On ne dispose pas encore de chiffres pour d’autres catégories, comme les professionnels du commerce, des transports de marchandise ou de personnes. Mais de nombreux clusters de Covid-19 ont été rapportés dans les abattoirs, en France, en Allemagne, aux Etats-Unis et au Canada.
Le risque de faire une forme grave de Covid-19 dépend de l’état de santé de la personne atteinte. Il est montré que les personnes âgées, obèses ou atteintes de certaines maladies chroniques, dont la liste est disponible sur le site du Haut Conseil de la santé publique, sont particulièrement concernées.

Comment savoir si on a contracté le Covid-19 ?
Au-delà du contexte d'épidémie et de la présence de symptômes correspondants, la certitude ne peut être apportée que par la positivité d’un test. La technique validée en France est appelée PCR. Elle vise à identifier la séquence génétique du virus (ARN), qui peut encore être détectée pendant plusieurs jours après la dégradation du virus. C’est pour cela qu’un test positif ne veut pas forcément dire que l’on est encore infecté.
En pratique, celui-ci est réalisé avec un écouvillon, que l’on doit insérer entièrement dans le nez, jusqu’à toucher la muqueuse du fond de la cavité nasale. C’est un examen particulièrement désagréable, mais avec très peu de risques pour le patient.
D’autres tests, dits « sérologiques » sont en cours de développement. A la différence de la PCR, ceux-ci mesurent la réponse immunitaire du patient. En clair, la sérologie revient à doser les anticorps du patient pour le Sars-CoV-2. En revanche, elle ne permet pas de détecter une infection toute débutante, car il y a un délai de plusieurs jours pour que les anticorps puissent être fabriqués par l’organisme et détectés par le laboratoire.

  • 1. La transmission par aérosol n’est plus exclue par le Haut Conseil de la santé publique, dans un avis daté du 8 avril 2020. La Société française de médecine du travail a également pris en compte cette possibilité de transmission aéroportée.