Suicides : "Les entreprises fabriquent l'incertitude"

par François Desriaux / octobre 2015

Dans un récent article, "Que peuvent dire les suicides au travail ?"1, Christian Baudelot et Michel Gollac déjouent la stratégie des entreprises visant à écarter toute responsabilité du travail et du management

  • 1.

    Dans Sociologie vol. 6, n° 2, 2015.

Concernant les suicides, vous estimez que les entreprises adoptent une "stratégie du doute" en s'abritant derrière la rigueur scientifique. Pourquoi est-ce critiquable ?

Christian Baudelot : En sciences, le doute est une vertu. Mais comme le montre très bien Annie Thébaud-Mony1, les grandes firmes à l'origine d'effets sanitaires sérieux - dus à l'amiante, aux organismes génétiquement modifiés (OGM), au plomb, aux rayonnements ionisants... - ont mis en oeuvre une stratégie systématique du doute pour se dégager de toute responsabilité. Elles exploitent la complexité du vivant pour exiger des preuves souvent scientifiquement inaccessibles et surtout dénuées de sens face à l'évidence du danger et des risques avérés. Leur objectif est clair : fabriquer l'incertitude. C'est vrai également pour les suicides.

Les entreprises mettent également en avant les fragilités individuelles des salariés qui sont passés à l'acte. Ce n'est pas juste ?

C. B. : Sociologues, statisticiens et psychiatres convergent sur l'enchevêtrement des composantes organiques...

  • 1.

    La science asservie. Santé publique : les collusions mortifères entre industriels et chercheurs, La Découverte, 2014.

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