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La santé au travail, nouvel enjeu de société

par Stéphane Vincent / octobre 2011

En 1991, l'amiante était encore une menace diffuse, dénoncée par certains cercles militants, mais largement occultée par celle du chômage. Il y a vingt ans, la souffrance psychique, les troubles musculo-squelettiques, les effets du vieillissement au travail étaient encore des sujets d'étude ou de discussion entre experts. Que de chemin parcouru depuis ! Le scandale lié aux dizaines de milliers de cancers professionnels de l'amiante et ses suites judiciaires ont changé la donne. La santé au travail est devenue une affaire d'Etat, et sa préservation un nouveau principe juridique placé au-dessus de la liberté d'entreprise. Les effets des mutations économiques de ces vingt dernières années sur le travail et la santé - des suicides à la pénibilité, en passant par l'intensification - et leur prévention sont aussi au coeur du débat public aujourd'hui. Avec une certitude : il est non seulement nécessaire mais aussi possible de transformer le travail, afin d'en faire un vecteur de santé et non de maladie.

Portrait : Christophe Dejours, père de la psychodynamique du travail

par Nathalie Quéruel / octobre 2011

En explorant les liens entre travail et souffrance psychique, le psychiatre et psychanalyste Christophe Dejours1 a créé une nouvelle discipline et levé le voile sur les effets délétères de certains modes d'organisation et d'évaluation.

  • 1. NDLR :

    titulaire de la chaire de psychanalyse-santé-travail au Cnam

Depuis son premier livre, Travail, usure mentale, publié en 1980, le psychiatre et psychanalyste Christophe Dejours n'a cessé de dénouer les liens entre souffrance mentale et travail : " Quand, il y a trente ans, je défendais le concept de souffrance psychique, beaucoup ricanaient - les sociologues, qui le trouvaient trop chrétien, comme les syndicalistes, qui jugeaient ce terme petit-bourgeois. Or la souffrance est inévitablement au rendez-vous du travail. Le réfuter revient à faire un contresens théorique. Ce qui n'est pas joué, c'est le destin de cette souffrance. "

Pour Christophe Dejours, tout commence en 1968. Il a alors 18 ans et entame ses études de médecine. Des questions émergent sur le rapport entre santé mentale et travail, des groupes de chercheurs se forment pour mener des enquêtes dans l'industrie. Diplômé en psychiatrie, féru de psychanalyse, il élargit son champ d'investigation à la médecine du travail et, surtout, à l'ergonomie.

Travail, usure mentale est le fruit d'enquêtes de terrain et d'une confrontation entre psychanalyse, ergonomie et sciences sociales. L'ouvrage met en évidence la subjectivité dans le rapport au travail, ce qui dans l'affrontement de...

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