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Changer le travail

par François Desriaux / octobre 2015

Changer l'organisation, changer le management, changer la gouvernance, changer la finalité même du travail... Bref, changer tout ! Explorer de nouvelles voies pour sortir de l'intensification du travail, de la course effrénée à la productivité, mais aussi du travail de mauvaise qualité qui ne permet pas de s'épanouir et dégrade la santé. Modifier la production pour respecter l'environnement ou gagner en utilité sociale. Adopter de nouvelles organisations pour sortir de la crise, car, au-delà des risques psychosociaux et de l'épuisement des ressources humaines, leur efficacité est en question. A avoir trop ignoré le travail réel, qui crée la valeur économique, au profit de sa seule traduction financière, le capitalisme va droit dans le mur. Ce ne sont pas des ergonomes qui le disent, mais des experts en management et en gestion. Et si la compétitivité des entreprises et l'efficacité des pouvoirs publics passaient par une métamorphose du travail ? Ce n'est plus une vue de l'esprit. Des entreprises se libèrent et se démocratisent, des managers abandonnent leur reporting pour se réinvestir sur le travail... Changer le travail, ça commence ici et maintenant !

Pocheco investit dans le travail durable

par Clotilde de Gastines / octobre 2015

Pour le fabricant d'enveloppes écologiques Pocheco, la préservation de la santé des salariés compte autant que celle de l'environnement. En vue de rendre le travail soutenable, le CHSCT est associé au pilotage de l'entreprise.

Produire 2 milliards d'enveloppes par an tout en prenant soin de la santé et de la sécurité de ses 122 salariés, c'est le défi que s'impose l'entreprise Pocheco, à Forest-sur-Marque, dans le Nord de la France. A sa tête depuis 1997, aujourd'hui seul actionnaire, Emmanuel Druon veut ériger l'usine en modèle de production industrielle harmonieuse, tant pour les hommes et femmes qui y travaillent que pour la nature. Une stratégie qu'il a baptisée "écolonomie", fondée sur le principe qu'il est plus économique et meilleur pour la santé de travailler de façon écologique.

Un manifeste d'anti-management

Animal monstrueux, le poisson-lune grandit tout au long de sa vie et peut peser plus d'une tonne. Dans son livre, intitulé Le syndrome du poisson-lune. Un manifeste d'anti-management1 , Emmanuel Druon a choisi cette image pour critiquer la soif éperdue de croissance, qu'il qualifie de "folie furieuse collective". "Quel est le prix à payer pour cette fable, sinon l'épuisement des ressources et des personnes ?", s'interroge-t-il.

Son récit débute par la fermeture d'une papeterie rentable et pluricentenaire à Docelles (Vosges), laissant 165 salariés sur le carreau au prétexte que la multinationale dont elle fait partie a changé de stratégie. Au fil de ses réminiscences émerge une critique acerbe des effets de la financiarisation des entreprises. Celle-ci provoque une crise du système productif, des dégâts sur la santé et un découragement généralisé. Emmanuel Druon dénonce "les effets du management par la terreur".

Face à la violence de ce "modèle schumpétérien de destruction créatrice il estime qu'il faut faire évoluer le système. Sa proposition "écolonomique" privilégie la "douceur" : préserver l'harmonie, le respect et l'estime de l'autre, permettre la compréhension profonde des raisons d'un conflit. Quand, en 1997, il prend les rênes de Pocheco, il décide d'en faire un lieu d'expérimentation pour ce nouveau modèle. L'ambition est de donner aux salariés la possibilité de faire un travail dont la valeur ajoutée ne soit pas uniquement financière, en visant "la réduction des inégalités sociales et salariales" et "une intégration dans l'environnement" optimale.

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    Coédition Colibris-Actes Sud, 2015.

Fondée en 1926 à Roubaix, Pocheco produisait à l'origine du matériel de bureau. En 1976, les nouveaux acheteurs décident de se concentrer sur un seul produit, soumis à une concurrence internationale féroce : l'enveloppe. Plusieurs règles sont alors instaurées : "Aucun dividende n'est versé aux actionnaires, l'investissement se fait dans le parc machines et dans la formation des salariés", expose ainsi Emmanuel Druon. Devenu gérant en 1997, il a sanctuarisé ces règles et en a ajouté d'autres : veiller à ce que le salaire le plus élevé ne soit pas plus de quatre fois supérieur au salaire le plus bas. Une...

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