La santé du travailleur ne vaut pas celle du consommateur

Dominique Huez, médecin du travail
Santé & Travail n° 077 - janvier 2012
couverture
La politique peut-elle changer le travail ?
janvier 2012

Le constat est de nouveau établi, cette fois via " l'affaire du bisphénol A ". Après l'interdiction de ce perturbateur endocrinien notoire dans les biberons, le Parlement en a décidé la suppression des contenants alimentaires à partir de 2014. Et pour les produits destinés aux enfants, ce sera en 2013. Malgré la pression du lobby agroalimentaire, le principe de précaution a joué à plein. Demain, les tétines des bébés stérilisées à l'oxyde d'éthylène, produit cancérogène, seront retirées des hôpitaux français. Et quand ces enfants seront en âge de manger de la viande, ils ne consommeront pas les vaches broutant l'herbe de Grez-en-Bouère (Mayenne) à proximité de l'usine Aprochim, qui retraite des transformateurs au pyralène : contaminés par les sinistres polychlorobiphényles (PCB), les bovins ont été abattus. Merci à la télé qui a relayé l'alerte, merci à l'opinion publique.

Les travailleurs des usines qui fabriquent ou transforment ces produits ne bénéficient pas, hélas, de cette réactivité des parlementaires et des médias. Pourtant, leur exposition est souvent bien plus forte que celle du grand public. Mais qui se soucie de leur droit à la prévention et au principe de précaution ? Par exemple, nous ne savons pas grand-chose des expositions des travailleurs aux résines époxydiques contenant du bisphénol A. En revanche, pour le MDA, durcisseur utilisé avec ces résines pour la réfection de l'étanchéité des cuves à vin ou des châteaux d'eau, il a été démontré que les risques liés à son utilisation pouvaient être neutralisés par une prévention ad hoc (certes onéreuse), notamment grâce à la surveillance d'indicateurs biologiques d'exposition (IBE) chez les salariés. Sauf qu'il n'existe pas de valeur réglementaire opposable pour les IBE. Faudra-t-il attendre de trouver du MDA dans les grands crus ou l'eau potable pour émouvoir l'opinion et protéger les viticulteurs ou les ouvriers du bâtiment ?

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