Les découvertes épidémiologiques de Whitehall
Archana Singh-Manoux, épidémiologiste à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm, U1018) et Hermann Nabi, épidémiologiste à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm, U1018)
Santé & Travail n° 075 - juillet 2011
Selon les études Whitehall I et II, qui sont des enquêtes épidémiologiques pionnières menées auprès de fonctionnaires britanniques, le risque cardiaque augmenterait à mesure qu'on descend dans la hiérarchie professionnelle.
Concernant le lien entre risque cardiovasculaire et travail, les études épidémiologiques Whitehall, menées au Royaume-Uni, demeurent incontournables. La première étude Whitehall, mise en place dans les années 1960, visait à évaluer le risque de maladie cardiovasculaire à l'aide d'un examen clinique initial et d'un suivi des décès répertoriés dans les registres. Le nom de Whitehall lui a été donné parce qu'elle portait sur 18 000 fonctionnaires hommes dont les bureaux étaient concentrés sur la rue Whitehall, dans le centre de Londres. Un de ses résultats majeurs a été la mise en évidence d'un gradient social de santé. Elle a ainsi montré que le risque de décès par maladie cardiaque était 2,2 fois supérieur dans le groupe le plus bas dans la hiérarchie professionnelle par rapport au plus haut. Elle a également révélé que les facteurs de risque classiques - tabagisme, inactivité physique, cholestérol, diabète, hypertension - n'expliquaient pas la totalité des différences de mortalité cardiovasculaire constatées entre les groupes professionnels.
C'est dans l'intention d'étudier ces différences sociales et professionnelles en matière de santé, chez les hommes et les femmes, qu'une nouvelle enquête, nommée Whitehall II, a été lancée en 1985 par le Pr Sir Michael Marmot, toujours auprès de fonctionnaires britanniques. Whitehall II devait notamment déterminer dans quelle mesure les facteurs organisationnels et psychosociaux au travail et en dehors du travail contribuaient aux différences sociales de mortalité et de morbidité constatées. Cela a conduit à examiner les effets de certaines caractéristiques de l'environnement de travail, comme la charge mentale liée aux contraintes, le degré de contrôle, l'autonomie de décision, les possibilités d'utilisation des compétences et le soutien social du supérieur et des collègues.
Les bienfaits d'une justice organisationnelle
La première phase de l'étude (1985-1988) comportait un examen clinique, permettant de recueillir des données sur les facteurs de risque cardiovasculaire et métabolique et sur les maladies chroniques, et un questionnaire autoadministré sur les caractéristiques démographiques, les comportements et l'état de santé, les conditions de travail, le soutien social et les événements de vie. Les phases ultérieures ont alterné entre le questionnaire uniquement (en 1989-1990, 1995-1996, 2001 et 2006) et le questionnaire accompagné d'un examen clinique (en 1991-1993, 1997-1999 et 2002-2004).
Avec un suivi sur plus de vingt-cinq ans, Whitehall II est donc une étude pionnière dans le champ de l'épidémiologie sociale. Au-delà du gradient social déjà évoqué, elle a notamment montré qu'un stress chronique au travail augmente le risque cardiovasculaire en modifiant certains paramètres cardio-métaboliques et comportements favorables à la santé. Ce stress étant lié à un déséquilibre entre les contraintes du travail, d'une part, et le degré de contrôle sur le travail, d'autre part. En effet, c'est bien la combinaison d'une forte demande et d'un faible contrôle qui est nocive pour la santé cardiovasculaire. A l'inverse, l'étude met en évidence qu'un sentiment de justice organisationnelle ou au travail réduit le risque cardiovasculaire. Les gens éprouvent ce sentiment lorsqu'ils estiment que leur superviseur considère leur point de vue, partage des informations concernant les prises de décision et traite les individus équitablement. Enfin, des travaux plus récents indiquent une augmentation du risque cardiovasculaire chez les personnes qui font régulièrement de longues heures de travail.
Article issu du dossier Risque cardiovasculaire : le travail, bourreau du coeur
Archana Singh-Manoux, épidémiologiste à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm, U1018) et Hermann Nabi, épidémiologiste à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm, U1018)
Santé & Travail n° 075 - juillet 2011
-
Abonnement et réabonnement
-
J'achète un numéro -
Inscription à la newsletter -
Forfait de consultation de 30 articles pendant 48H -
Mon espace personnel
















Commenter cet article





