Polyexpositions au féminin

par
Henri Bastos, toxicologue
/ avril 2019

Plus de 1 million de femmes en âge d'avoir des enfants (c'est-à-dire âgées de 15 à 44 ans) sont exposées sur leur lieu de travail à des solvants, certains pouvant s'avérer dangereux pour la santé. C'est ce qu'a révélé une étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France du 26 février. On retrouve, par exemple, ces substances dans les parfums, les peintures, les produits d'entretien et de nettoyage. Aucune catégorie ne semble épargnée : infirmières, sages-femmes, employées de la fonction publique, coiffeuses ou femmes de ménage sont concernées. Le statut de non-salariée augmente la probabilité d'être exposée. Cette étude ne fait que renforcer la nécessité, si ce n'est l'urgence, de renforcer les recherches sur les effets des expositions aux mélanges de produits chimiques, mais également aux divers facteurs de risque auxquels nous sommes confrontés chaque jour. En effet, la polyexposition est une réalité dans la quasi-totalité des activités de travail. Ce qui interroge la pertinence des pratiques actuelles en matière d'évaluation des risques.

Parmi les travailleurs polyexposés figurent les employés du nettoyage, majoritairement des femmes. Dans ce secteur, la main-d'oeuvre est globalement peu qualifiée, avec une forte proportion de salariées à temps partiel. Autant de caractéristiques qui peuvent moduler, et souvent aggraver, les effets des multiples facteurs de risque de ces métiers : risque de chute, hypersollicitation des articulations, travail de nuit, exposition aux virus, bactéries et produits chimiques... Sans parler de la précarité économique, d'un suivi médical rendu très complexe et sans doute peu opérationnel du fait d'une activité morcelée sur plusieurs sites et avec plusieurs employeurs. La conjugaison de ces facteurs peut compromettre la pertinence et l'efficacité de la prévention des risques professionnels. L'étude sur la santé des personnels du nettoyage décidée par l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) devrait donc lever un coin du voile recouvrant ces réalités.