© Marine Coutroutsios

Les forçats des déchets

par Nathalie Quéruel / avril 2022

Ce sont les soutiers des temps modernes, occupés dans l’ombre à faire disparaître promptement les rebuts de la société de consommation, dont nous ne saurions tolérer la vue. Environ 100 000 personnes sont employées dans le secteur des déchets, dont la moitié au traitement des ordures ménagères. Parmi elles, de nombreux salariés en insertion ou des travailleurs handicapés. Tous exposés à de multiples risques connus – pénibilité physique et mentale, horaires décalés, manipulation de produits toxiques, manque de reconnaissance, etc. – ou moins documentés, comme la contamination par bactéries et moisissures, lors des manutentions en centre de tri ou de compostage.
Car les politiques publiques environnementales, aussi vertueuses et nécessaires soient-elles, ont laissé le travail dans un angle mort. Qui sait que les piles et batteries équipant nos objets du quotidien sont recyclées, à cause de leur dangerosité, dans des usines classées Seveso, où les équipes d’ouvriers se relaient en 3 x 8, y compris les jours fériés ? Il est temps pour l’économie circulaire de penser aux enjeux de santé au travail. Des pistes se dessinent : intégrer l’ergonomie du recyclage dès la conception des produits. Ou faire coopérer les professionnels de l’ensemble d’une filière sur les conditions de travail. Et surtout valoriser enfin des métiers et des travailleurs essentiels à la préservation de l’environnement.

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Déchets de soins médicaux : l’autre vague du Covid-19

par Rozenn Le Saint / avril 2022

Deux ans de pandémie ont mis à rude épreuve la gestion des déchets infectieux, sécurisée par des protocoles exigeants. Les cadences subies par les chauffeurs et les ouvriers, déjà soutenues en temps normal, ont augmenté avec la surchauffe des hôpitaux.

Un pic épidémique… et un amas d’ordures supplémentaire. Depuis la crise sanitaire du Covid-19, l’état des poubelles est un autre indicateur des hôpitaux débordés. Celles-ci contiennent des détritus hautement sensibles : seringues, scalpels, poches de sangs, gants souillés… Christophe Poustay fait partie d’un des premiers maillons de la chaîne traitant ce que l’on appelle les « déchets d’activités de soin à risques infectieux » (Dasri). Depuis vingt ans, avec son poids lourd, ce salarié de l’entreprise Proserve Dasri fait le tour des hôpitaux, cliniques, cabinets de médecins pour les collecter et les transporter dans un centre d’incinération. Elu du CSE et membre de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT), il a demandé à ce que les rebuts des services Covid-19 des hôpitaux soient séparés. Sans succès. Les représentants du personnel ont également exigé une désinfection appropriée et automatisée des camions. « Un syndicaliste qui en avait fait son cheval de bataille est mort du Covid-19 en octobre 2021 ; cela nous a marqués », déplore Christophe Poustay.
Et le chauffeur de décrire la situation catastrophique du tri dans les hôpitaux depuis le début de la crise...

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