Des chômeurs et inactifs mal en point


Thomas Amossé, chercheur au Centre d'études de l'emploi
Santé & Travail n° 067 - juillet 2009
couverture
Restructurations : les conditions de travail trinquent aussi
— juillet 2009 —

Selon les données statistiques disponibles sur le lien entre santé et situation d'emploi, les personnes au chômage ou inactives présentent des états de santé plus dégradés que celles ayant un emploi.

En France, de nombreuses sources statistiques permettent d'étudier le lien entre l'état de santé d'une personne et sa situation sur le marché du travail. C'est le cas, entre autres, de l'enquête décennale "Santé" de l'Insee, portant sur un large échantillon représentatif de la population nationale, de l'enquête longitudinale "Protection sociale et santé", organisée tous les deux ans depuis 1988 par l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), de l'enquête rétrospective "Santé et itinéraire professionnel" menée par la Dares et la Drees (1), ou de suivis de cohortes (c'est-à-dire l'étude du devenir d'une population donnée) tels que l'"Echantillon de mortalité de 1975" de l'Insee. Cette variété de sources permet d'examiner différentes facettes de la santé: mortalité, état de santé perçu, survenue d'événements de santé tels que des maladies incapacitantes ou des affections de longue durée, qu'ils soient déclarés par les individus ou diagnostiqués par les médecins. Le suivi de ces différents paramètres en parallèle avec l'évolution du marché du travail a permis d'établir des constats robustes quant aux liens entre santé et emploi.

Pas de doute

Lorsqu'on regarde les données chiffrées, il n'y a pas de doute: les chômeurs ont un état de santé moins bon que les personnes en emploi. Pour les générations nées entre 1940 et 1945, avoir été au chômage en 1975 est, par exemple, associé à une plus forte mortalité précoce, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, avec respectivement des probabilités de décès avant 60 ans de 24,8% et 7,3%, contre 11,7% et 5,3% en moyenne. D'après l'enquête décennale "Santé" de 2002, les chômeurs déclarent plus souvent que les actifs occupés avoir une maladie chronique, souffrir d'une restriction d'activité ou percevoir de façon négative leur santé, et ce indépendamment de l'âge, du genre, du niveau de diplôme ou de revenu.

Isolement social

L'état de santé des chômeurs peut avoir une origine antérieure à la période de chômage, du fait de conditions de travail dégradées ou de raisons extraprofessionnelles. Mais il peut aussi s'être détérioré lors de la rupture d'emploi. C'est souvent le cas lors de restructurations (voir article page 26). Il peut également se détériorer du fait du chômage lui-même. La pauvreté relative et l'isolement social qui accompagnent cette situation, la perte d'estime de soi, l'adoption de comportements à risque pour la santé et la nature de l'emploi ultérieur, plus précaire ou plus risqué, sont autant de facteurs avancés pour expliquer la surmortalité spécifique des chômeurs.

Comme les chômeurs, les inactifs en âge de travailler (femmes au foyer, invalides, préretraités, RMIstes…) ont eux aussi un état de santé moins bon que les personnes en emploi. Pour autant, ce n'est que rarement l'inactivité en soi qui explique leurs problèmes de santé. Au contraire, ce sont souvent ces problèmes qui sont à l'origine du passage de l'emploi à l'inactivité, par un effet de sélection dit "du travailleur sain". Qu'ils trouvent directement ou non leur origine dans des périodes de travail ou de chômage passées, les problèmes de santé constituent, par des effets de sélection successifs, un handicap cumulatif qui contribue à faire converger les trajectoires d'emploi et de santé vers l'inactivité, ce qui explique que les inactifs en âge de travailler aient souvent une santé dégradée.

(1) Direction de l'Animation de la recherche, des Etudes et des Statistiques (ministère du Travail) et direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Statistiques (ministère de la Santé).


Thomas Amossé, chercheur au Centre d'études de l'emploi
Santé & Travail n° 067 - juillet 2009
 Notes

(1) Direction de l'Animation de la recherche, des Etudes et des Statistiques (ministère du Travail) et direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Statistiques (ministère de la Santé).

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